Mon point de vue sur la "loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur"
- ericmartineau72
- 10 août
- 11 min de lecture

Depuis des semaines, le débat sur la « loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » est plutôt vif, tant cette loi divise, mais aussi par sa méconnaissance.
Je regrette de plus toute la désinformation qui entoure cette loi, y compris par une certaine presse. Alors qu’en penser ?
Je suis conscient du rôle essentiel que les agriculteurs, dans toute la diversité de leurs exploitations et activités, jouent pour nous nourrir et garantir notre souveraineté alimentaire, en proposant des produits sains et accessibles à tous.
D’autant plus que je n’oublie pas que je suis moi-même encore agriculteur, producteur de pommes en vergers éco-responsables et agriculture biologique, avec des ruches et abeilles sur ma ferme à l’année.
Travailler avec la nature c’est mon métier.
Je sais également que l’ensemble de nos concitoyens est très attentif à ces enjeux du quotidien, puisque nous sommes tous directement concernés.
Notre santé est une exigence, elle passe aussi par notre alimentation.
Notre agriculture a besoin de mesures pour soutenir la production et apporter de la simplification, en ne renonçant pas aux impératifs de protection de la santé publique et de la biodiversité ou d’adaptation au changement climatique.
On ne peut pas nous accuser de ne rien faire.
Depuis 2017, avec mes collègues du groupe Les Démocrates, nous avons engagé une stratégie de réduction de l’utilisation des pesticides les plus dangereux pour la santé humaine, afin d’atteindre une baisse de 50 % de l’usage et des risques des produits phytopharmaceutiques d’ici à 2030.
En ce qui concerne les ventes de substances classées CMR1 (soit les molécules cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques avérés), elles ont déjà baissé de 97,2 %. Nous devons poursuivre ce chemin et trouver des alternatives aux pesticides tant que possible.
Le changement du modèle agricole est engagé et nous ne comptons pas revenir sur cette stratégie.
Nous continuons également de plaider, à travers le ministère de l’agriculture, pour la continuité de la stratégie européenne de sortie progressive des néonicotinoïdes d’ici 2033, mise en place à la demande de la France.
C’est avec cette conviction et mon expérience professionnelle que j’ai tenu à me saisir des débats sur cette proposition de loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » pour porter la voix du groupe et débattre en commission.
Dans sa version initiale, elle comportait des dispositions qui auraient conduit à enfermer nos agriculteurs, et nous avons dû la retravailler. Ce que j’ai personnellement fait en siégeant et amendant le texte en commission des affaires économiques à l’assemblée nationale où les débats ont pu avoir lieu.
La version finale n’avait plus rien à voir avec la version déposée initialement par le sénateur Duplomb. J’avoue même avoir été opposée à la première version du texte de loi, pour diverses raisons.
Avec mon groupe Les Démocrates, nous avons donc œuvré pour apporter des réponses utiles à tous les agriculteurs face aux profonds bouleversements climatiques, économiques, sociaux ou sanitaires qu’ils connaissent au quotidien.
Avec trois impératifs :
Concilier souveraineté alimentaire et transition agro-écologique, car l’un ne peut pas aller sans l’autre ;
Agir en faveur de notre agriculture et contre la concurrence déloyale dans le cadre européen du marché commun ;
Faire confiance à la science et à l’expertise pour qu’elles éclairent seules les décisions publiques.
À l’article 2, nous avons défendu avec succès l’indépendance scientifique de l’Anses, en obtenant la suppression des dispositions qui la remettaient en cause, et je m’en félicite. Le rattachement de l’Anses au ministère de l’Agriculture n’est en rien une soumission aux désidérata de ce dernier. Mais définir ou prioriser des études pour répondre aux dégâts des maladies et ravageurs de cultures doit s’entendre. Il en est de même sur la santé humaine.
Concernant la dérogation accordée à l’acétamipride, je me suis opposé avec mon groupe à toute autorisation de portée générale.
Non à l’acétamipride sans conditions.
Bien que ce produit ne soit pas reconnu comme nécessitant un retrait de commercialisation selon les études scientifiques de l’ANSES et de l’EFSA, il peut avoir des conséquences sur les pollinisateurs et son usage doit ainsi être strictement encadré.
Il est bon de rappeler que la France est le seul pays du monde à avoir produit une décision d’interdiction pure et simple de cette molécule en 2016 sans avis scientifique probant sur un effet manifeste pour l’Homme.
Nous pensions nécessaire d’admettre de manière encadrée et exceptionnelle la possibilité de dérogations spécifiques dans le cas d’impasses constatées pour certaines filières entraînant des risques sur leur existence en France.
Nous devons entendre collectivement le désarroi des agriculteurs français, sans solution face à leurs concurrents européens.
Nos collègues européens ne se privent pas d’utiliser ce que nous interdisons en France – et que nous, consommateurs Français achètons. Devrions-nous fermer nos frontières ? Ou fermer les yeux sur le risque de perte de nos producteurs?
Le conseil constitutionnel a décidé de censurer partiellement l’article 2, Le texte final n’encadrait pas assez strictement les dérogations exceptionnelles sur l’acétamipride. Ces dérogations auraient concerné au maximum qu’environ 1,55 % de la surface agricole utile française, si toutes les conditions exigées étaient remplies.
L’acétamipride restera complètement interdite sur notre territoire agricole. Nous resterons le pays le plus exigeant sur le sujet.
Nous devons favoriser la recherche de solutions alternatives.
Les agriculteurs souhaitent des réponses à leurs problèmes de ravageurs comme les pucerons, le baladin, la punaise diabolique… et pas forcément l’acétamipride.
Je pourrais par ailleurs m’étendre sur les alternatives mais qui interrogent elles aussi...
Il ne faut pas opposer nos modes de productions agricoles, conventionnel, sous signe de qualité, ou en agriculture biologique. Ils restent complémentaires et doivent répondent aussi aux besoins et capacités financières des consommateurs.
Je vous parle aussi en tant que producteur de pommes bio et ecoresponsables et de mon humble expérience de pomiculteur. Ainsi vous comprendrez mieux mes interrogations et mon vote.
Je ne connais pas d’agriculteur qui utilise de produits phytosanitaires ou pesticides par plaisir, mais uniquement par nécéssité. Ceux-ci sont chers, un traitement coûte en moyenne une centaine d’euros par hectare. Alors avant de dépenser 1000€ par jour dans mon cas avec 10 ha de vergers, je réfléchis et si nous pouvons éviter de le faire, on ne fait rien.
Mais attention, je dois quand même avoir une récolte pour assurer la pérennité de ma ferme et payer ce que je dois.
Dans les vergers, nous devons protéger les arbres des maladies et ravageurs avec des produits naturels en Bio et possibles de synthèse pour les non-bios.
Une chose est certaine : vous ne m’entendrez jamais dire que l’un ou les uns sont meilleurs que les autres.
Un insecticide, qu’il soit d’origine naturelle ou de synthèse, a pour fonction de tuer des insectes, et de préférence les ravageurs (c’est mieux).
Et sans insecticide, dans certaines cultures, il est impossible de produire pour les citoyens consommateurs. Dans son jardin, pourquoi pas, les enjeux ne sont pas les mêmes.
Vous comprendrez pourquoi les agriculteurs peuvent être énervés avec les discours entendus, y compris par certains scientifiques.
J’en profite pour lancer un appel aux scientifiques qui m’ont écrit, comme le CNRS, pour me demander de ne pas voter le texte, auxquels j’ai répondu et j’ai demandé rendez vous, demandes restées sans réponse. Je relance mes demandes.
Je veux bien accepter que l’on me dise que je ne sais pas travailler ni produire, mais je veux juste que l’on me dise comment faire?
Et que l’on ne me noie pas le poisson avec de grandes théories de salon…Oui à l’agroécologie, à l’agroforesterie, aux méthodes alternatives, à la lutte biologique, je pratique déjà…mais je veux une réponse concrète, comme dans le conseil stratégique, pour lutter contre les pucerons verts , cendrés, lanigères, carpocapses, cicadelles, anthonomes, hopplocampes… et je ne parle pas de tavelure, oidium, chancres…
De même, je tiens à préciser que personnellement j’ai toujours eu des ruches avec abeilles sur ma ferme. Je ne désherbe pas mes vergers chimiquement, j’ai de hautes herbes, des nichoirs aux oiseaux, des abeilles, des haies, bois, des cultures bios…
Vous comprendrez ainsi mon interrogation. Voilà la vérité.
Par ailleurs, dans cette loi, j’ai voté pour l’interdiction de la production, le stockage et la circulation de produits phytosanitaires interdits en Europe. à compter de 2026. Vous êtes contre ?
La France ne produira plus, n’exportera plus de pesticides interdits en Europe : une véritable avancée attendue depuis longtemps pour l’environnement et la santé des consommateurs.
Car n’oublions pas que nous importons et consommons des produits agricoles traités avec ces produits phytos interdits en France. Là aussi, nous sommes à l’avant-garde.
Notre Agriculture reconnue comme une des meilleures au monde est trop souvent décriée.
L’agriculture française mais le dernier scandale en matière de pesticides était bien sur des melons espagnols vendus en grande surface à pas cher.
Voilà pourquoi notre production nationale s’efface et disparait peu à peu… Où sont passés les melons français « Rouge Gorge » si réputés par le passé ? Fini, place aux espagnols. Ils sont moins chers.
L'agriculture et les agriculteurs ne peuvent être tenus responsables de tous les cancers, y compris des cancers pédiatriques. Je ne nie pas la toxicité des pesticides, loin de là et leurs incidences sur le Vivant. Le danger est réel encore plus pour l’utilisateur.
Voilà aussi pourquoi j’ai voté pour le conseil stratégique et la formation obligatoire des agriculteurs au respect de l’environnement, usage des pesticides, irrigation… Même si le certiphyto répond déjà en partie sur l’usage des pesticides.
Je ne suis pas médecin, mais qu’en est-il du tabac, l’alcool, la génétique, malbouffe… Et qu’en est-il des pollutions des villes, des PFAS, des plastiques que nous ingérons, des solvants que nous respirons, produits d'hygiène, peintures et perturbateurs endocriniens, …? La liste est longue malheureusement.
Je vous rassure, je souhaite comme vous que tous ces produits s’arrêtent et que nous trouvions des solutions alternatives.
Il n’y a pas d’agriculture sans eau.
L’accès à l’eau pour les agriculteurs et leurs exploitations est sécurisé à travers des dispositions strictes en matière de stockage, définies à l’article 5. Tout en préservant et gérant au mieux collectivement la ressource dans un contexte de dérèglement climatique qui frappe de manière différenciée tous nos territoires.
Le stockage de l’eau peut être aussi une solution face aux inondations comme dans le nord de la France, aux maintien des marais pour faire face au dérèglement climatique.
Tout omme le stockage de l’eau permet de faire face aux incendies, qui suivent le changement climatique. Merci à nos agriculteurs qui luttent contre les incendies aux cotés de nos Sapeurs Pompiers. Je me souviens très bien que ce soit à Chateau l’Hermitage, ou près de La Flèche…Merci encore. Je ne parle pas de ce qui se passe dans l’Aude. S’il y avait encore une agriculture possible, nous n’en serions surement pas là.
À l’article 1, nous avons contribué à faire évoluer la séparation du conseil et de la vente des produits phytopharmaceutiques pour tenir compte des difficultés d’application. Comment être contre ?
À l’article 4, les améliorations apportées à l’assurance récolte sont crédibles, fonctionnelles et lisibles, répondant aux besoins des agriculteurs – il conviendra néanmoins d’être vigilant sur le budget a voter pour répondre aux dégats climatiques.
Comment être contre?
Nous avons soutenu, à l’article 3, la simplification des procédures pour favoriser les projets d’élevage, notamment dans le cadre de l’évolution de la réglementation européenne.
Il faut savoir par exemple que la consommation d’œufs augmente de 8 % par an depuis trois an. Comment faire ? Produire plus ? Augmenter les prix pour limiter la consommation ? Importer des oeufs d’Europe, produits dans des conditions qui ne respectent pas nos conditions d’élevage?
Je pense que tous les Français doivent pouvoir accéder à une alimentation de qualité comm les agriculteurs français doivent avoir les mêmes contraintes que les autres européens.
De la même manière, concernant le cadre d’action de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), nous nous sommes engagés. Ainsi, les agents de l’OFB sont protégés et confortés dans leurs missions avec plus de moyens pour lutter contre les attaques à l'environnement. Vous auriez voté contre ?
De plus, cette loi permet de condamner plus sévèrement les atteintes à l’environnemment, à la santé publique… en passant les amendes de 15 000 € à 150 000 € par exemple.
Personne n’en parle. Vous pensez réellement que c’est une régression environnementale ?
Et vous pensez que c’est une demande des syndicats agricoles ? Bien sûr que non ! Et bien j’ai voté pour!
La loi interdit aussi le forçage génétique et encadre la lutte autocide, ce qui n’est pas rien. Vous êtes pour le lâcher d’insectes stériles non encadrés ? Quelles conséquences pour notre biodiversité ?
Êtes-vous pour la manipulation génétique des insectes et plantes ? Moi non, je veux une règlementation.
Cette loi permet de s'y opposer et personne n'en parle. Et pourquoi personne n’en parle ? Je doute que ce texte de loi ait été lu.
Soyez convaincus de mon engagement et de ma pleine implication sur le sujet.
Car je n’oublie pas que je suis moi même agriculteur, j’ai des abeilles, je souhaite comme vous vivre en pleine santé, je fais confiance à la Science et à l'Anses.
Je sais de quoi je parle en matière de difficultés à exercer le métier d’agriculteur.
Seulement, je suis triste pour notre Agriculture, sûrement une des plus saines et contrôlée au monde.
À titre personnel, il me faut entre 5 et 15 jours ouvrables par an pour contrôler ma production et vérifier son respect des cahiers des charges et règlementations. C'est normal, mais à côté on importe à fond des produits agricoles étrangers, traités avec des pesticides interdits en France, et tout le monde est heureux.
Quelle hypocrisie. Je vous invite à vérifier l'origine des produits, de notre alimentation, dans les cantines, et restauration hors domicile.
Et maintenant?
J’invite mes collègues agriculteurs à ouvrir leurs fermes pour inviter leurs voisins, les concitoyens, à redécouvrir l’Agriculture, toutes les filières, pour répondre aux peurs, aux questions légitimes. Beaucoup trop d’associations et une frange de la société est dans le déni de réalité.
Car de ce débat sur la levée des contraintes au métier d’agriculteur, il en ressort une réelle méconnaissance du métier, des réalités de terrain, comme si nous vivions dans le jardin d’Eden.
Il faut dire que nous ne sommes plus que 400 000 agriculteurs pour nourrir 68 millions de Français, que chaque année des exploitations ferment …et ça continue.
On importe, on ferme les yeux …
Après ce débat sur cette loi et ses conséquences, disons la vérité, que ce soit en bio et conventionnel, en cultures fruitières, maraichères et florales, il faut s’interroger sur la capacité à produire en France.
Et personellement?
En tant qu’agriculteur, je suis comme beaucoup de mes collègues : très inquiet et triste. Ce n’est pas avec ce débat que nous allons attirer des jeunes dans nos fermes. J’en profite : si vous voulez vous installer, vous pouvez m’envoyer un message privé.
En tant que député, je suis convaincu qu’un vrai travail pédagogique doit avoir lieu sur les difficultés à l’exercice du métier d’agriculteur.
Je me battrai contre cette hypocrisie, contre les importations massives de ce que nous interdisons de produire.
Je me battrai pour faire respecter la loi Egalim qui vise à soutenir les produits bios et circuits courts dans les cantines et rémunérer nos agriculteurs à la hauteur de nos exigences.
Je me battrai pour soutenir la structuration des filières, seul moyen de garantir un revenu décent aux agriculteurs.
Je continue la lutte contre la francisation et la tromperie des consommateurs sur l’origine des produits.
Et vous?
Si vous avez signé la pétition qui a recueilli plus de 2 millions de signatures, je comprends vos inquiétudes légitimes.
Je vous invite à signer celle aussi sur le site de lAassemblée visant à interdire les importations de produits agricoles qui ne respectent pas nos contraintes imposées à nos agriculteurs. Merci pour nous, et venez visiter nos fermes.
À tous, merci de manger français, en acceptant de rémunérer les agriculteurs à la hauteur des exigences environnementales et sanitaires qui leur sont imposées.
Nous avons la chance d’avoir en Sarthe de remarquables agricultrices et agriculteurs, producteurs, comme Vincent, Lucie, Hugo, Pierre, Maud, Jean-Noel, Romain, Brice, Arthur, Guillaume, Simon, Freda, Philippe, Grégoire, Mickael, Thaïs, Eric, Didier, Dominique…,la liste est trop longue… bio ou sous signes de qualité, en circuits courts, dans nos magasins… Soutenons-les!
Nous sommes dimanche, alors retrouvons nous, autour d’une bonne table, et partageons nos bons produits français.
Je tenais à m’exprimer une dernière fois sur cette loi agricole.
Avec conviction, très sincèrement et bien cordialement.
Éric





Commentaires